III

Je passe la journée à m’interroger intérieurement. Je me demande aussi si c’était une bonne idée de revenir ici, dans cette maison, et de le revoir. Si je ne me suis pas surestimée. Je reste persuadée que non. Je finis par me dire que c’est cet étrange retour dans le temps qui me fait me sentir ainsi. Que si on louait une autre maison, à un autre endroit qui n’est chargé de vieux souvenirs, je ne me poserais pas tant de questions. J’ai simplement toujours adoré me compliquer la vie.

Un seul remède peut m’aider à me sentir mieux : appeler chez moi. Il est vrai que je n’ai pas donné beaucoup de nouvelles depuis mon arrivée dans la maison à la plage.
Je suis heureuse d’entendre la voix de John, puis de nos filles. Ça me remet du baume au cœur, je me sens enfin prête à rentrer, mais je prends tout de même mon temps. Même après que Maxence m’a raccrochée au nez quand je lui demande de me repasser son père.

Il est près de 17 heures quand je rentre dans la maison. Personne n’est là, ça me va, ça me laisse un peu plus de répit. Ils doivent être à la plage, alors je décide d’y aller à mon tour, on verra bien si je tombe sur eux.

Effectivement, par chance, je les vois dès que j’arrive sur le sable. Ils me racontent qu’ils ont eux-mêmes fait une petite escapade dans un village aux alentours qui était très sympa.
« – Dommage que tu ne sois pas venue. Me raille Diane. Mais en même temps c’est toi qui a inspiré la balade.

– Heureuse de savoir que je vous inspire, dis-je sur le même ton, même si je ne suis pas très étonnée.

– Et toi c’était sympa ? Tu étais où ? Me demande Pierre.

– Oh je suis retournée dans un bois que j’avais découverts il y a quelques années. C’était sympa mais je crois que j’ai attirée tous les moustiques du départements… Râlais-je.
Bon au moins j’en ai profité pour appeler la famille. D’ailleurs Pierre tu as le bonjour de Maxence ! Elle demande quand tu passeras la voir.

– Oh je peux sûrement passer un week-end , on s’organisera ça.

– Parfait ! Conclu-je. »

Quand on rentre du restaurant, Diane et moi sommes un peu alcoolisées, en tout cas ça nous fait visiblement plus d’effets qu’aux garçons. Ils rient en nous voyant danser et chanter du Georges Brassens dans la rue. Je me sens plus libre et plus légère ce soir. Nous poursuivons notre session dans le salon, une fois arrivés. Nous passons un excellent moment tous les quatre. Les deux garçons finissent par céder et par danser avec nous. Cela fait bien longtemps que je n’étais pas dans un état pareil. J’ai assez bu pour me sentir belle, forte et courageuse mais pas assez pour sentir le déséquilibre ou pour me sentir submergée par les émotions, comme ça m’arrive souvent avec le verre de trop. Tout va bien, nous poursuivons notre soirée assez tard. Des musiques qu’on écoutait déjà il y a 10 ans repassent dans notre playlist et il faut dire qu’heureusement que nous avons mûri…
Diane est la première à capituler et à aller se coucher. Pierre abandonne ensuite, crevé par la journée mais aussi de devoir nous surveiller.
Rester seule avec Matthieu ne me gêne plus du tout. Tout se fait naturellement avec lui. Je ne sais pas combien de temps on reste sur le canapé à parler de nos goûts musicaux et cinématographiques, comme on l’a déjà fait mille fois auparavant, mais je sais juste qu’il est tard et que je commence à fatiguer. C’est à mon tour de déclarer forfait. Il est près de 4 heures du matin, et la journée a été longue.
« – Bonne nuit Matthieu. Dis-je en me levant de canapé.

Il me retient par le poignet, je lui face.

– Gaëlle… Commence-t-il.

Ses yeux me disent mille mots et pourtant rien ne sort de sa bouche. Je n’arrive pas à décrypter son regard, il a l’air perturbé. Alors je l’encourage à poursuivre.

– Quoi ?

– Non rien, bonne nuit.

Je fronce les sourcils mais il n’ajoute rien. Je ne peux pas le forcer, et on a encore du temps pour discuter.
Je monte dans ma chambre et je m’installe à peine dans mon lit quand j’entends toquer à ma porte.

– Oui ? »

Matthieu ouvre la porte, reste sur le seuil un moment avant de se décider à entrer.

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