Il avait donc commencé à me raconter tous les détails. Comment s’est passé son premier travail, pourquoi il l’a quitté assez vite. Comment il a rencontré Naomie.
Puis vint mon tour. Je lui ai raconté mon voyage au Canada pour ma carrière. Comment j’ai rencontré John, avec qui je suis depuis maintenant 5 ans, et avec qui je suis très heureuse.
Je raconte également à Diane que j’avais remarqué pendant cette discussion que je nous comparais encore à la lune et au soleil. Lui est le soleil lumineux, éblouissant, toujours brûlant et à se faire remarquer. Alors que j’ai la peau souvent glacée, que j’ai du mal à aller vers les gens ce qui peux me rende froide et hautaine. Avant ce rôle me donnait l’impression d’être effacée et de ne pas valoir grands choses à ses côtés. Qu’est-ce que la lune à côté du soleil ? Mais depuis j’ai grandi et je me suis rendu compte que je pouvais être belle et lumineuse à ma façon.
Je n’ai jamais parlé de cette comparaison à Matthieu. Je crois qu’il ne comprendrait pas. Mais ça ne me gêne pas de l’expliquer à Diane, qui se rend plus facilement compte de l’effet que Matthieu peut produire sur les gens.
Je lui raconte que je me suis excusée aussi, plus tard dans la nuit.
« – C’est vrai que la rupture a été brutale. Lui avais-je dis après un silence.
– Oui. M’a-t-il répondu tout simplement.
– Je suis désolée de t’avoir mise au pied du mur sans t’avoir trop prévenu.
– Je ne m’attendais pas à une décision si radicale. Surtout qu’on avait passé un superbe été. Alors je n’ai pas compris tout de suite que tu avais besoin de prendre tes distances. Ton adieu était un peu abrupt.
– Je sais… Je ne savais pas comment t’annoncer ça. Me défendis-je. Tu sais bien que le tact n’est pas mon point fort. »
Je relate également à Diane qu’on a commencé à voir le soleil se lever au cours de la discussion. Que je ne me souviens pas de m’être endormie.
Diane m’a écouté raconter tout le long, sans faire de commentaires, sans m’interrompre. J’ai l’impression que maintenant que j’ai finis, elle ne va pas se priver et qu’un flot de questions va surgir. Mais rien ne vient. Tout ce qu’elle finit par dire c’est :
« – C’est bien que vous ailliez discuté ! Il fallait mettre les choses à plat.
– C’est tout ? Je demande un peu méfiante.
– Beh oui. Que veux-tu que je dise ?
– Je ne sais pas, j’ai dû parler pendant 40 minutes au moins.
Elle sourit.
– Désolée, tu ne voulais peut-être rien raconter. J’ai tout de même une question.
– Ah ! J’étais étonnée !
– Honnêtement… Tu l’aime toujours ?
– Honnêtement oui. Dis-je sans réfléchir. Mais je ne suis plus amoureuse de lui.
– Alors tout va bien ?
– Parfaitement ! Je me sens même libérée.
– Tant mieux.
Elle me rassure en posant une main sur mon genou en souriant, elle est contente pour moi.
Je ne sais pas si ça vient de moi où si l’ambiance a vraiment changé, mais je nous sens plus détendu tous ensemble. Comme si nous étions tous en attente de cette discussion. Nous profitons d’une nouvelle belle journée pour nous promener tous les quatre cette fois. Nous découvrons un joli village aux alentours dont on ne soupçonnait même pas l’existence. Il est tout en fleurs et en vieilles ruines charmantes. J’ai le cœur plus léger et j’ai le sentiment de ne pas être la seule.
Le soir nous trainons encore tard dans le salon. Une fois encore Matthieu et moi sommes les derniers à se coucher. Et une fois encore, j’entends toquer à la porte de ma chambre quand je me glisse juste sous les draps.
« – J’ai une question. Me sort Matthieu.
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– Comment ça fonctionne la programmation de ta salle ? Comment tu choisis les artistes qui vont se produire sur ta scène ?
– Viens t’assoir, ça risque d’être un peu long… »
Alors il m’obéit et je lui explique sans trop savoir s’il est vraiment curieux où si c’est une excuse pour relancer une nouvelle nuit de conversation. On tente de rattraper le temps perdu. Ou en tout cas, de ne pas en perdre plus que ce n’est déjà fait.
Le samedi, Damien arrive enfin. Il est assez tard quand il se joint à nous mais nous savons qu’il n’a pas d’autres choix. Il est d’ailleurs le premier déçu de ne pas pouvoir passer plus de temps avec nous. Ce que je remarque d’abord, c’est qu’il a très peu changé physiquement. Si ce n’est qu’il a quelques rides en plus au coin des yeux. Mais je sens déjà que mentalement il est plus mature et moins réservé. Il est un peu plus ouvert aux autres. Ça nous fait tout drôle d’être tous ensemble une fois de plus. Même s’il manque encore du monde.
Après l’apéro, quand on lui demande une fois de plus « Alors quoi de nouveau ? », il nous répond enfin quelque chose à laquelle on ne s’attendait pas.
« – Eh bien je vais me marier !
On fait tous des yeux ronds, ne sachant pas quoi dire.
– Quoi ? Mais avec qui ? Demande Diane en première.
– Vous ne la connaissez pas, elle s’appelle Annabelle. C’est la fille de l’ancien propriétaire de la maison que j’ai acheté.
– Wow mais vous vous connaissez depuis longtemps ? Je demande.
– Un peu plus d’un an du coup. Elle m’a demandé de l’épouser il y a quelques semaines et je préférais vous l’annoncer en face, alors voilà…
Il fouille dans sa veste et on le voit sortir des enveloppes.
– Les invitations ? Demande Diane.
Damien acquiesce avant de donner une enveloppe à chacun. En ouvrant le faire-part, la simplicité de la lettre ne me surprend pas. Ça lui correspond bien, Annabelle doit être la bonne partenaire. Je lis en diagonale le contenu de la lettre. Le mariage aura lieu dans 9 mois.
– Félicitations mec ! S’exclame Matthieu.
Nous le suivons dans les exclamations et nous trinquons à la santé de Damien et Annabelle.
– J’ai toujours pensé que tu serais le premier d’entre nous à te marier. Dis Diane.
– C’est vrai ! Je confirme. Tu en parlais déjà au lycée.
On en ri, puis Diane reprend.
– En revanche Gaëlle tu nous as tous surpris en étant la première à avoir un enfant.
– Oui j’imagine, je me suis moi-même surprise après tout. Mais je ne sais pas sur qui j’aurais parié.
– Moi je pensais à Lucie, avoue Diane.
On a tous une tête d’incompréhension.
– Quoi ? Mais elle est lesbienne ! S’étonne Matthieu.
– Oui mais avant de rencontrer Olivia, on ne le savait pas ! Se défend-elle. »
On en rigole une fois de plus. Il est vrai qu’elle a mis plusieurs années à avouer son homosexualité.
Cette nuit du samedi, je dors avec Diane pour laisser le lit à Damien. Cela me donne une fois de plus la sensation d’avoir 20 ans. Comme on n’a pas dormi ensemble depuis cette époque. On en profite pour se raconter les détails de ce qu’on a remarqué pendant la semaine. Comment on a tous changé et comment nous sommes tous restés les mêmes.
Nous allons devoir partir le lendemain et je n’en ai aucune envie. Je suis pressée de retrouver John et les filles évidemment, ils me manquent tous terriblement, je ne les ai jamais quittés si longtemps. Mais je me sens également si bien dans cette maison avec mes amis. Je n’ai aucune envie d’y renoncer tout de suite. La semaine est passée si vite. Les années aussi. Je n’ai rien vu venir.
Diane m’avoue qu’elle non plus n’a pas envie de retourner chez elle tout de suite. Que le temps est passé trop vite pour elle aussi.
Le lendemain nous prenons notre temps pour tout. Pour se lever, pour manger, pour nettoyer la maison, pour faire nos valises. Mais au moins on sait que nous allons nous revoir. Au moins dans 9 mois.
Alors que nous sommes tous rassemblé dans le salon avant le départ je sors :
« Ça vous dis pour les prochaines vacances on change un peu et on va à la montagne ? »
Ils me répondent tous qu’ils sont d’accord. Que c’est une excellente idée.
Il n’y aura plus d’adieux. Même pas « au cas où ».
